The girl you lost to cocaïne
(2017-2020), extraits
(2017-2020), extraits
C’est la fête molle, l’heure où tu décides de rentrer, te démaquiller et ranger tes talons à côté de tes mocassins taille 44.
I'm just the girl that you lost to cocaine »
Sia - The Girl You Lost To Cocaine 2:40
Tu peux être toustes.
Tu es cette bête étrange. Tu es une femme à barbe que l’on exhibe dans un cirque. Tu es devenue cette fille, cette fille qui attendra son crush toute la soirée. Tu es une mère stérile. Tu es une sorcière brûlée sur la place publique, là où il y a le marché et les vieux le samedi. Tu représentes la bimbo, la pute qui n’a pas de droits. Tu es devenue cette fille indépendante qui fait des doigts tout le temps à tout le monde, aux gosses, aux bobos et à la politique, car c’est plus simple de faire des doigts, même pas besoin de parler aux cons. Tu es devenue cette fille qui milite. Cette fille qui danse pour militer et ne jamais oublier que ce seront toujours les femmes et les PD qui seront oubliés, minimisées. Aux trans qui font du drag. Aux ALLIÉ.E.S et aliénés qui comme moi trouvent leur exutoire ici bas. À cette culture des endroits crades où l’on baise à même le sol, où l’on sue des aisselles et du cul.
« Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mène à la vie, et il y en a peu qui les trouvent » (Matthieu, 7 : 13-14)
C’était l’époque où j’avais envie de découper le monde à grands coups et d’accentuer les contours, car je m’apercevais que le monde était plus complexe que ce que l’on m’avait enseigné, qu’il y avait des gars qui se maquillent, des PD à chattes et des gouines à grosses queues, on commençait à entendre qu’il y avait encore plus, on imaginait plus, et on expérimentait, tout le temps, on mixait, on se prêtait, on détruisait pour reconstruire, pour bâtir notre empire, pour voir d’autres sexualités et intersexualités, des gens qui rentrent pas par la porte, des gens qui font 2 mètres avec des talons et une choucroute sur la tête, des gens qui ont pas envie de passer par la porte, cette PUTAIN de porte qu’il faut franchir, y’en a qui préfèrent l’ombre de l’encadrement de la porte, et je les comprends, qu’est-ce qu’on se sent plus libre quand personne ne vous voit et qu’on peut enfin faire les choses qu’on aurait pas pu à la lumière du jour et qu’on nous a toujours interdit de penser, ouais on est comme des PUTAIN de vampires on se réunit pour être en meute dans la nuit, cette nuit qui nous protège, car elle aussi elle est pas appréciée à sa juste valeur, cette nuit qui nous enveloppe et nous sort de cette torpeur, qu’est-ce que c’est bon d’être dans le noir de la nuit, qu’est-ce que c’est bon d’être dans l’illégalité avec un tas d’inconnu.e.s que l’on peut toucher, sentir et s’éprendre, prendre dans les bras pour réconforter, pour aimer, pour fonder une famille, car la plupart n’en a plus il faut le rappeler, de toute façon on connait que le danger et les menaces, et c’est dans le son que l’on trouve notre union, c’est dans la drogue que nous trouvons notre libération, c’est dans les liquides que nous trouvons notre résilience car il faut que ça coule, que ça flotte, que ça s’évacue, que ça se libère, que ça tombe de la cascade, cette pomme faut qu’elle dévale le pommier pour aller réduire les mecs en compote, qu’elle fasse un strike avec ses graines et qu’on lui foute la paix, qu’on lui laisse le choix de faire un autre pommier, ou non, qu’elle puisse devenir un oranger si elle le veut, car elle le sent, car elle a le droit, et le droit d’ailleurs elle en a marre de te le réclamer, ou d’attendre que tu lui donnes, d’ailleurs elle a plus besoin d’attendre car maintenant elle est plus seule, elle traine avec un gang de meufs bonnes, un gang de caïds, un gang où tu auras pas ta place, car tu nous a toujours exclu, alors maintenant on te renvoie la balle, et ça va faire mal, ça va faire strike dans tes couilles, y’en a une qui a même une batte de baseball, c’est celle qui va t’éclater la gueule et te faire lécher sa batte, sa batte bien luisante, ou pas, car on a pas le temps, on a une histoire à écrire, on a des choses à dire, on a à se légitimer nous-mêmes, et par nous-mêmes, on attendra plutôt que tu viennes lécher la batte par toi même tiens voici mon numéro et un doigt.
On dansait partout et n’importe comment c’était l’époque de Yelle – À cause des garçons 3:48, Scissor Sisters – Let’s Have A Kiki 3:49, Slaasssch – Crève 3:58, Marie Davidson – Adieu Au Dancefloor 5:58, SOPHIE – Immaterial 3:52, $afia Bahmed-Schwartz – Exercices 3:30, Cher – The Shoop Shoop Song (It’s In His Kiss) 2:51, Arca – Reverie 3:12, Kiddy Smile – Let A Bitch Know 5:29, Cœur – Dimanche 3:43, Pink Noise – Too Hot 3:33, Sexy Sushi – Sex appeal 3:29, RuPaul featuring Dave Audé – Step It Up 3:33, Amii Stewart – Knock on Wood 3:48, Shania Twain – Man! I feel Like A Woman! 3:54, The Corps – Sur l’autoroute 3:51, Bibie – Tout doucement 4:09, Hubert Lenoir – Ton hôtel 2:26, Giorgio Moroder – UTOPIA 3:23, c’était l’époque où ces titres étaient comme des grenades que l’on lançaient sur la foule collante, comme si nôtre temps était compté.
Parce que la fête c’est une entité à part, parce qu’elle est précieuse, parce que la teuf c’est comme une baston joyeuse où tout le monde sait qu’iel a déjà gagné et célèbre sa victoire, la teuf c’est un hippodrome où l’on court toustes comme des étalons, la teuf c’est le champ bataille où l’on élabore notre prochain coup d’état, là où les agents secrets du genre se retrouvent dans les backrooms, là où les mercenaires du sexe se rejoignent pour comploter, une terre neutre sans frontières qui bat à l’unisson de nos coeurs, à tous les gens qui sont partis, aux gens qui ont sauté, aux gens qui craquent le plancher, aux gens qui se font respirer, aux gens qui ont les mains qui gonflent et qui n’attendent que d’aller se battre et de foutre des torgnolles aux inconscients, aux gens qui sont restés perchés, aux gens qui dansent encore, malgré tout, malgré si on les ampute, malgré si on les confine, malgré qu’on les prive et que la peine de mort est encore là, malgré le crime, merci à tous ces bandits, merci d’incarner si bien le crime, merci d’être des criminelles.
Car on y croyait à cette putain de belle fête, on pensait que c’était enfin fini, que les lopettes pourraient maintenant sortir dans la rue sans se faire emmerder, que les gouines allaient être autant représentées que les PD et arrêtées d’être juste le fantasme de Daniel 54 ans qui rêverait de faire un plan à trois avec deux femmes, mais qui l’a jamais fait et qui le fera jamais, car il est marié à Jeannine qui te look trop mal quand elle voit ta bosse qui dépasse de ta robe et qui gerbe quand tu lui parles du SIDA en même temps elle elle l’a jamais vu le SIDA, elle sait pas ce que c’est d’aimer de toute façon car sinon son mari il aurait pas besoin de se toucher devant des gouines qui monnaient leur corps, et elles ont bien raison si elles le font par choix, car c’est ce qu’il mérite, qu’elles prennent tout son fric pour aller s’aimer, s’aimer dans la nuit, et aller récompenser les autres, donner des tips et payer de la coke, parce que y’a rien de mieux que de dépanner quelqu’un ou de la récompenser, d’être cette personne, d’avoir traverser toute la ville maquillé_e, d’avoir pris autant de remarques sur son physique, et de te payer un peu de coke juste pour être toi, juste pour avoir le courage d’être toi et le plaisir de voir que c’est toi, je te reconnais, je t’admire et nous nous soutenons.
Tu es devenue toi, elle, nous et eux, tu es deve-nu.e-s et tu resteras cette fille.
Parce que c’est le moment où j’ai découvert que la 8,6 coulait déjà dans mon sang, parce que j’avais mille-et-unes vies qui m’attendaient, parce que je voulais aller plus loin, parce que je voulais tester mes limites, parce que je voulais voir, je voulais devenir, je voulais comprendre et apprendre, apprendre pour moi et pouvoir sensibiliser les autres, ceux qui sont hors du zoo et qui regardent entre les barreaux parce que ça les fait bander, et parce que ça leur fait peur : je vous ai rapporté des images.
Merci à Messalina Mescalina, Olek, Laidy Ravan, Rivière, Le Placenta, Julia et les garçons, Fleur Von Lear, Thomas le Moal, Blau Schwarz, Hippolyte Vendôme, Jessie Phillis, Sasha et Pepper Danger Miskina, Kam Hugh, The Arseniek, HitsuBlu, Fifi du Calvaire, La Grande Dame, Cookie Kunty, Ghost Elektra, GmissDiva, Jurijiderklee, Sara Siso, Nacre Die Nasty, Mantis, Sara Selma Dolorès, …
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